Mais, que sommes-nous donc, nous les êtres vivants, dans ce vaste Monde? D'où pouvons-nous bien venir et où allons-nous, au juste ? Pour quelles raisons existons-nous ?..
Et, encore, que venons-nous faire exactement dans cette galère qu'est la Vie, cette emprise implacable qui nous manipule sans aucun scrupule, sans aucun sentiment, sans aucun ménagement ? Pourquoi appartenons-nous à cette chaîne de "situations" biologiques en perpétuelle évolution?
Est-ce par la seule fantaisie et par la seule volonté d'un Dieu créateur de l'Univers et aussi de toute autre chose ? Et, toujours encore, le mot "créateur" a-t-il gardé un sens quelconque dans l'état de nos connaissances?
Et, cet "Univers", ce fameux Univers dont on nous parle si souvent, qu'en est-il, au juste ? Voici quelques questions que je me pose chaque jour avec humilité. Essayer de seulement balbutier un début de réponse est souvent bien trop prétentieux. Le propos est scientifique dans sa partie connue mais reste philosophique et discutable dans l'autre. Certes, la science humaine à fait des prodiges, surtout depuis un siècle. Mais, l'Homme reste tout petit - même quand il est grand - et ses connaissances, qui viennent à peine de sortir de l'obscurantisme, sont encore pleines de balbutiements. Il n'y a pas bien longtemps, on croyait le Monde plat. La "croyance" - c'est-à-dire la simple hypothèse faussement promue au rang de vérité - l'emportait alors largement sur la réalité et sur le bon sens. Ainsi, dire ou même oser démontrer que la Terre était ronde - et non pas plate, comme le "savaient", par science infuse et transmission divine les détenteurs d'alors de l'unique bonne pensée réligieusement et politiquement correcte - pouvait conduire droit au bûcher.
On en est plus tout à fait là, au moins dans les parties du Monde où dominent les esprits d'aujourd'hui à peu près évolués. Mais l'art de penser de l'Homme reste encore si fragile et si primitif, tellement plein de bien sévères dysfonctionnements, d'obligations, de lamentables conformisme, de peurs et de zones d'ombres; et surtout, de tabous.
C'est l'une de ces zones d'ombres que je souhaiterais évoquer ici.
Notre raisonnement humain a tout de même fait de gros progrès. Parallèlement, l'Homme continue d'obéir directement aux lois biologiques qui le gèrent et dirigent sa conduite, suivant des instincts principaux qui sont ceux de la conservation de son essence même, de sa reproduction et de sa conscience du "temps". Dans la grande sagesse de son ordonnancement, la Nature a mis une priorité à la nécessité de promouvoir la conservation de l'espèce - qui passe cependant par la mise en avant de la conservation propre de l'individu - avec comme corollaire une fonction de reproduction hautement motivée. Cela est donc vrai, y compris au stade le plus basique et élémentaire de la cellule vivante.
Par contre, la conscience du "temps" n'est clairement perçue et analysée que par les espèces les plus évoluées, tout particulièrement par l'Homme. Mais, chacun sait combien la mesure du temps est abstraite et délicate; même si celle de l'évolution est, elle, facilement observable, par les chamgements concrets qu'elle apporte.
Selon mes observations, une partie notable des connaissances humaines ont été altérées par une utilisation fausse ou non justifiée de la notion de "temps". Cette notion "temps" conduit trop facilement a attribuer un "début" et une "fin" à tout ce que nous voyons. Certes, les "séquences" de l'évolution que nous mesurons par le "temps" existent et sont en effet mesurables. Mais, ces bornes ne sont qu'arbitraires et nous cachent souvent d'autres réalités fondamentales !
Ainsi, pour nos éminents savants, l'Univers est apparu d'un coup de baguette magique, un certain jour. Puis, il s'est développé et ne cesse de le faire depuis. Ces mêmes savants ont fort justement calculé que notre fameux "Univers" est non seulement en expansion mais aussi, qu'il est courbe.
Tout ceci est certainement vérifié et exact. Pourtant, à mon avis, ces vérités incontestables forment aussi l'arbe qui cache la forêt. Car elles restent bien trop partielles et ne prennent pas en compte la seule dimension de l'Univers qui soit absolue et concrète : l'IFINI !
Cette seule dimension nous conduit, elle, incontournablement à savoir qu'il n'existe de début réel et de fin réelle que dans la mesure de l'évolution, même s'il reste choquant pour beaucoup d'admettre que globalement, réellement, n'y a jamais eu un Commencement un jour.
Il n'est certes pas question de contester une seule seconde le fameux "Big Bang" de nos très chers astrophysiciens. Mais, nos savants n'ont évidemment parlé que de ce qu'ils avaient vu et constaté. Par contre, ils n'ont vu qu'une infime partie de l'Univers. Ils ont décrit un micro-phénomène à l'échelle de l'Infini. L'espace est par définition "infini". Il ne peut donc qu'y avoir qu'un nombre également infini de phénomènes identiques, semblables ou différents, qui forment autant d'espaces en expansion, en rétraction, en "début" ou en "fin" de vie. Un Ensemble totalement infini dans lequel le micro-univers de nos astrophysiciens n'est, en fait, strictement rien ou presque !
Notre "Univers" n'a été - et n'est toujours - que la résultante locale des lois de la matière et des mécanismes cosmiques en une zone donnée de temps et d'espace. Notre "Univers" est en expansion dans un volume qu'il ne crée pas par lui-même mais qui existe bien et qu'il occupe tout simplement. Soit en se développant à travers une zone "espace-temps" libre, soit en repoussant d'autres "univers" moins denses ou en phase de dépression.
Pierre d'Humières
Novembre 2003