special  'E C O N O M I E"
 
Lettre à Monsieur le Ministre de l'Economie, des Finances et de l'Industrie.
 
 
Monsieur le Ministre,
 
Je suis direct et pragmatique. Observateur méthodique et apolitique, ne réagissant qu'en tenant compte exclusivement des faits exacts et du bon sens, je me suis rarement trompé dans mes analyses comme dans mes prévisions.
Trois paramètres hautement négatifs condamnent, semble-t-il, votre action et vos tentatives de redressement (comme celles du gouvernement) à rester à l'état de placebo pour ceux qui peuvent encore y croire et de cataplasme sur une jambe de bois pour les autres :
 
1 - Le carcan de la mondialisation vous barre largement la route, enlève donc à vos bonnes intentions comme à vos mesures l'essentiel de leur substance et les rend, en définitive, quasiment stériles.
 
2 - Les conditions stupéfiantes dans lesquelles notre pays s'est délibérément endetté, a laisse - ou choisi de laisser - se développer une immigration très largement improductive et absolument démesurée, alors qu'il n'y avait ni les emplois disponibles pour elle, ni les moyens du financement social que nous nous sommes ainsi trouvés contraints de lui assurer par l'emprunt, ont plus encore, conduit à une situation désormais proche d'une banqueroute de l'Etat, situation qui vous prive d'un pouvoir réel et sérieux comme des moyens de base qui vous sont indispensables.
 
3 - Les contraintes de notre appartenance à une Communauté Européenne sans politique structurée et cohérente, fortement altérée par les troubles d'une croissance difficile et mal maîtrisée, réduisent encore un peu plus la portée déjà toute symbolique de votre action. Pourquoi cacher tout cela ?
 
Le carcan de la mondialisation.
 
Il n'est ni envisageable, ni souhaitable, de revenir en arrière. Cependant, les accords sur la libéralisation du commerce international ont été bâclés. Seul, l'aspect économique semble avoir été retenu. Le social et l'humain ont été négligés. Cette faute collective conduira forcément à un échec à moyen ou à long terme. L'Histoire et des expériences récentes ont largement démontré que l'on ne peut jamais s'accommoder bien longtemps d'un "tout social" ou d'un "tout sauf social".
Il est donc nécessaire de revoir la copie. Je pense que les responsables politiques concernés devraient en prendre conscience et en informer très clairement la collectivité. L'aspect humain et l'aspect social doivent retrouver, au sein des dispositifs de l'économie mondialisée, une place naturelle qui est la leur et qui restera incontournable. Cela ne changera rien à la prospérité de l'économie, bien au contraire. En effet, la consommation ne s'en développera que mieux. La seule solution est - et restera - que l'on applique une règle de base à la libéralisation progressive et totale des échanges :
 
- Je ne vois en cela pas d'autre modèle qu'un mécanisme régulateur, dit  de "vases communicants", appliqué à toute exportation/importation suivant un procédé de ce type : sans qu'il soit en rien question de droits de douane, chaque produit ou service vendu devra acquitter à son entrée un "montant compensatoire temporaire" égal à la différence entre son coût de production dans le pays d'origine et celui dans le pays de destination, si ce dernier est plus élevé. Le montant compensatoire provisoire ainsi obtenu sera immédiatement, et dans tous les cas, reversé à l'exportateur. Personne ne sera donc lésé. L'exportateur aura bien et toujours les mêmes chances que tous les autres compétiteurs. Mais pas plus ! La compétition se jouera alors sur le terrain de la qualité et du rapport qualité/prix, toujours au bénéfice du meilleur et aussi du consommateur, ce qui sera beaucoup plus sain, même si ce mécanisme régulateur doit freiner la spirale excesssive de baisse des prix et des salaires qui conduirait autrement à une "vrille" fatale. L'exportateur recevra toujours la juste rémunération de son travail et/ou de sa prestation, rémunération qui restera proportionnelle à son savoir-faire et à sa maîtrise de la productivité. Si ses coûts de production et/ou de main-d'oeuvre sont inférieurs à ceux des autres, il en bénéficiera donc pleinement. Ce concept avantagera les pays pauvres et émergeants tout en protégeant les économies des pays industriels évolués - et aussi de beaucoup d'autres ! - qui se trouvent très gravement menacés par le libéralisme sauvage, actuellement pratiqué sans aucune forme de discernement.
 
On comprend parfaitement qu'une telle mesure - qui devrait être acceptée mondialement car elle est le bon sens même et ne lèse personne - prendrait en compte, ou permettrait de mieux prendre en compte, l'incontournable facteur humain et social, tout en relançant formidablement la consommation. Elle contribuerait largement, et partout à la fois, au développement de l'activité économique; elle mettrait fin aux délocalisations obligatoires massives et serait un pare-feu contre la montée, évidemment prévisible et vraissemblable à moyen ou long terme, d'une forme nouvelle de collectivisme, en future réaction inévitable à l'excès actuel gravissime de libéralisme sauvage.
 
Les conditions stupéfiantes de l'endettement.
 
L'endettement catastrophique des finances publiques est une faute collective grave des responsables politiques français tous confondus, ainsi que des hauts fonctionnaires et des commis de l'Etat qui n'ont su ni compter, ni gérer, ni informer comme c'était leur devoir. On pourrait très bien concevoir que cette faute comporte un caractère de félonie, de trahison de l'Intérêt Supérieur de la Nation et que les principaux des responsables de ce désastre soient justement condamnés par une juridiction d'exception, qu'ils soient représentants du Peuple ou commis de l'Etat, pour trahison ou incompétence suivant les cas et mis éventuellement au ban de la Société. Cela ne serait que chose méritée et servirait d'exemple.
Avec mes très modestes moyens, je dénonce depuis longtemps cette gestion catastrophique et insensée de notre économie tout comme la dette abyssale qu'elle engendre. Le silence du Pouvoir qui a duré de très longues années est un scandale, également condamnable. Je dois reconnaître, Monsieur le Ministre, que vous avez été le premier ministre en fonction à tirer publiquement la sonette d'alarme de l'endettement. Je ne puis que vous en remercier. Je sais aussi que techniquement, vos connaissances et vos expériences vous permettraient d'apporter des solutions de redressement que votre absence de pouvoir politique et économique suffisants vous rendent inaccessibles, malheureusement.
Dans le cadre de ce qui reste possible, il me semble surtout essentiel de bien dire l'exacte vérité et toute la vérité sur les chiffres et sur les finances de l'Etat. Devient également incontournable de cesser tout usage de la langue de bois, du politiquement correct, du bla-bla à l'usage des électeurs, des corporatismes ou des associations braillardes : il faut prévenir haut et fort que le navire est en train de couler et que pour éviter le naufrage, on doit commencer par sauver le bateau avant de penser au confort de tels ou de telles. Même si le capitaine et ses officiers sont virés une fois rentrés au port. L'intérêt supérieur de la nation est sacré, plus que jamais aujourd'hui !
 
Une des principales raisons de notre endettement, de notre chômage et de nos problèmes sociaux est, paradoxalement, une prise en charge démesurée et excessive du confort social, (ainsi que des desiderata électoraux) prise en charge très au dessus de nos moyens, ce qui conduit l'Etat a recourir bien trop massivement à l'emprunt. Ces dépenses inconsidérées et l'endettement qui en a suivi ont généré une pression fiscale ahurissante, cette dernière ayant eu de graves répercutions sur le tissu économique et industriel. Comme cela se dit, les responsables politiques, les grands commis de l'Etat, les "énarques", en particulier, et nos élus nationaux ont démontré bien trop souvent qu'ils ne savaient ni compter ni gérer correctement et ont régulièrement "marché à coté de leur pompes". Leur objectif principal est principalement resté le "Pouvoir" avec un grand "P". Ainsi, ont-ils été le plus souvent très largement démagogiques et opportunistes, servant leur partis et/ou leurs intérêts personnels avant la Nation.
 
La plus énorme des erreurs commises a été de vouloir - et/ou de tolérer - une immigration totalement disproportionnée à nos possibilités d'accueil et d'assimilation, alors même qu'il y avait un chômage important et croissant depuis 1973. Le "politiquement correct" était nécessaire à ceux qui voulaient le Pouvoir et il fallait donc répondre à certaines associations braillardes et très médiatisées, aux lobbies pro immigrés, aux desiderata des industriels à courte vue dont le souhait permanent est de voir le coût de la main-d'oeuvre baisser et les positions des salariés, cadres comme employés, s'affaiblir. Mais cela, tout le monde le sait très bien, même ceux qui mentent et soutiennent mordicus le contraire ! Le résultat est là, maintenant. Non seulement la France est au bord du gouffre financier mais elle s'est mise dans une situation socio-économique catastrophique avec, en plus, la montée de tensions ethniques qui conduisent tout droit à la destruction des structures et des équilibres actuels. Un échec total sur tous les plans et peut-être même, une issue fatale pour la France ! L'Histoire jugera forcément, quand tout le monde aura enfin bien perçu l'ampleur du désastre. Peut-être y aura-t-il alors des tribunaux d'exception pour sanctionner, ce qui est hautement souhaitable et ne serait que justice.
 
Les contraintes de notre appartenance à la Communauté Européenne. 
 
Ces contraintes limitent et réduisent considérablement vos pouvoirs de décision et aussi d'action. Vous le savez mille fois mieux que moi. En Europe des 25, nous sommes enlisés dans un bourbier où ceux qui tirent sur la corde ne vont pas tous dans le même sens et n'ont pas une vue réellement européenne et suffisamment claire des problèmes. Certes, il faut que l'Europe se fasse et qu'elle sorte un jour de son placenta. Elle le fera, évidemment. En attendant et pour reprendre l'image du bateau, c'est un navire fou, sans politique réelle de navigation, dont le rôle "fictif" du capitaine est tenu tour à tour par des membres interrimaires de l'équipage, alors que quelques syndicats de marins pondent des circulaires que tout le monde doit appliquer sous peine d'amende. Ainsi, l'Europe de 25, en crise de croissance difficile, proche de la fausse couche, s'affaiblit. Les grandes entreprises à stature internationale sauvent la mise mais produisent de plus en plus ailleurs, alors que les réglements de l'Europe des 25, par leur absence ou par leur inefficacité, malgré déjà plus de 25 millions de chômeurs et de 70 millions de pauvres, laissent toujours entrer cette immigration massive dont le coût devient de plus en plus exorbitant. Nul doute que cette Europe va rejoindre peu à peu les pays du tiers monde, comme elle commence déjà très visiblement à le faire.
 
Il faut donc réagir vite et aussi avec la plus grande fermeté, en cherchant d'abord à "réveiller" nos partenaires puis en faisant tout pour les convaincre plus largement de mener les institutions européennes vers le bon sens, c'est-à-dire vers la mise en place d'un appareil de pouvoir politique plus puissant qui ait au moins la capacité de prendre les décisions urgentes qui s'imposent, tout en laissant aux états membres le temps de réagir démocratiquement, au sein d'un parlement ou d'un congrès européen. L'Europe y viendra fatalement un jour. Mais, le temps presse.
 
Je vous ai écouté sur France Inter il y a quelques jours et ce sont là les commentaires que j'avais envie de vous faire en retour... (etc)
 
Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l'expression de ma considération distinguée.
 
 
Pierre d'Humières         14 janvier 2006     www.pierredh.com


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